Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1949

Grève de l'amiante

À Asbestos et Thetford Mines, un conflit de travail impliquant 5 000 ouvriers travaillant dans les mines d'amiante tourne au vinaigre. Cette grève illégale d'environ quatre mois devient le symbole de la résistance envers le régime de Duplessis et son antisyndicalisme.

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    Il s'agit de l'une des plus importantes grèves et elle sera par la suite érigée en symbole. La Fédération nationale des employés de l'industrie minière, affiliée à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) tente d'uniformiser les conditions de travail dans le secteur de l'amiante. Elle réclame l'élimination de la poussière d'amiante, une augmentation de 15 cents de l'heure, la formule Rand et la consultation du syndicat pour les promotions, congédiements ou transferts. Alors que les négociations font du surplace, les travailleurs de la Canadian Johns-Manville d'Asbestos perdent confiance envers l’employeur et le gouvernement. Ils déclenchent une grève illégale, plutôt que d'entamer les procédures obligatoires d'arbitrage dont ils se méfient tout autant. Les mineurs travaillant pour trois autres compagnies à Thetford Mines emboîtent le pas dès le lendemain.

    La Commission de relations ouvrières retire les accréditations aux syndicats concernés. Des briseurs de grève sont embauchés. Le gouvernement Duplessis, farouchement antisyndical, envoie la Police provinciale protéger les mines. De violents affrontements se produisent. Des briseurs de grève et des policiers sont molestés, tandis que des grévistes sont brutalisés par les forces de l'ordre. S’il tente d’abord de jouer les médiateurs, le clergé local se range rapidement derrière les grévistes, même si l’illégalité de la grève le place dans l’embarras. Le 1er mai, l’archevêque de Montréal, Mgr Joseph Charbonneau, manifeste publiquement son appui aux ouvriers. Un grand mouvement de solidarité à travers la province finance et donne des vivres aux grévistes.

    En juin 1949, les travailleurs retournent au travail, alors que certains employeurs ne veulent plus réembaucher les grévistes et décident de garder les briseurs de grève au travail. Les négociations reprennent, suivent leur cours en arbitrage et en conciliation. Les travailleurs gagneront très peu, mais cet épisode rend la CTCC plus combative et deviendra, plus d'une décennie plus tard, l'icône de la résistance au régime de Maurice Duplessis et un épisode clé d’émancipation de la classe ouvrière. 

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