Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

2007-2011

Lock-out au Journal de Québec et au Journal de Montréal

De longs conflits de travail se succèdent dans les plus importants quotidiens de Québecor : le Journal de Québec et le Journal de Montréal. Ces lock-out mettent en lumière les failles des dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail alors que les nouvelles technologies ouvrent la voie au travail de remplacement à distance.

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    Le 22 avril 2007, le Journal de Québec met en lock-out 140 employés de bureaux et de la salle de rédaction. En signe de solidarité, les syndiqués de la salle d'imprimerie entament une grève deux jours plus tard. Au cœur du litige se pose la question du travail multiplateforme. Argumentant sur les profondes transformations que connaissent les médias depuis l'éclosion d'Internet, le Journal de Québec demande à ses journalistes, en plus de rédiger des articles, de filmer, d'enregistrer et de fournir du matériel supplémentaire sur le site Web, comme dans les autres médias de Québecor. À la rue, les syndiqués distribuent leur propre quotidien gratuit : le Média Matin Québec. Le Journal de Québec continue d'être publié avec les textes et les photos de travailleurs de remplacement.

    Après près de 15 mois, les employés et la direction parviennent à une entente : les journalistes s'engagent à alimenter les autres plateformes Web appartenant à Québecor, tout en empêchant que leur quotidien soit davantage approvisionné par des journalistes de l'extérieur. En décembre 2008, la Commission des relations du travail statue que le Journal de Québec a recouru à des briseurs de grève durant le lock-out. Cette décision sera ensuite cassée par les tribunaux supérieurs qui s'en tiendront à la notion physique d'établissement inscrite dans les mesures anti-briseurs de grève.

    Cette guerre d'usure sert de répétition générale pour la longue bataille qui se prépare au Journal de Montréal. La direction embauche plusieurs nouveaux cadres quelques mois avant de décréter un lock-out le 24 janvier 2009. Le quotidien continue d'être imprimé et voit même son tirage grimper. Les articles sont écrits par les cadres, les pages sont montées en Ontario et les annonceurs achètent toujours des espaces publicitaires. Les syndiqués en lock-out, quant à eux, mettent en ligne le site d'information ruefrontenac.com. Leur fonds de grève leur permet de tenir encore le coup pendant près de deux ans. Québecor fonde ensuite l'agence de presse QMI dont les articles remplissent aussitôt les pages du Journal de Montréal. Alors que le conflit perdure, l'Assemblée nationale tient une commission parlementaire au début du mois de février 2011 sur la pertinence, à l’ère du télétravail, de moderniser les dispositions anti-briseurs de grève, comme les syndicats le revendiquent. Le 26 février 2011, après 764 jours d'arrêt de travail, les employés veulent tourner la page et acceptent la proposition du médiateur en s'assurant de certaines conditions de départ. Seulement 62 personnes sur plus de 225 employés peuvent retrouver leur travail. Ces conflits ont dévoilé la désuétude des mesures anti-briseurs de grève à l'heure d'Internet et du travail à distance, alors qu'un travailleur de remplacement peut désormais accomplir une tâche sans traverser un piquet de grève.

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