Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

2002-2003

Conflit de travail chez Vidéotron

Alors qu'une paix industrielle règne au Québec depuis près de 20 ans, un dur conflit de travail s'embourbe pendant plus de 10 mois chez Vidéotron. Les questions de sous-traitance sont au cœur du litige. L'embauche de briseurs de grève et le vandalisme marquent ce bras de fer de longue haleine.

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    Le 4 mars 2002, Vidéotron, désormais une propriété de Québecor, annonce la vente des services d'installation et de réparation au sous-traitant Entourage, délaissant les 664 techniciens qui y travaillent. Ceux-ci verraient ainsi leur salaire diminuer et leurs heures de travail augmenter. Arguant qu'il a perdu son monopole et que la concurrence devient féroce depuis l'arrivée de la télévision par satellite, le câblodistributeur Vidéotron demande plusieurs concessions à ses employés, dont une utilisation sans restriction de la sous-traitance et une simplification des processus de mouvement de main-d’œuvre et de mise à pied. Jugeant les demandes déraisonnables, les 2200 travailleurs affiliés au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) votent le 8 mai, presque à l'unanimité, pour un débrayage. Une quinzaine de minutes plus tard, la direction décrète un lock-out.

    Cinq jours plus tard, la transaction avec Entourage est conclue. Québecor ne veut plus négocier avec les 664 salariés concernés, considérant qu'ils ne sont plus à son service. Vidéotron engage des briseurs de grève, puisque ce conflit relève du Code canadien du travail qui permet toujours ce genre de recours. Les esprits s'échauffent. Québecor engage une poursuite civile contre le syndicat pour des actes de vandalisme et de sabotage commis sur des câbles. Le syndicat dépose une plainte pour pratique déloyale et négociation de mauvaise foi devant le Conseil canadien des relations industrielles. Les deux parties abandonnent finalement leurs procédures judiciaires pour aller en médiation, mais celle-ci se conclut sur un échec.

    Craignant qu'une défaite syndicale dans ce conflit n’entraîne un précédent dans les autres milieux de travail, plusieurs syndicats de la FTQ donnent ou prêtent des ressources financières aux travailleurs en lock-out. Du 5 au 15 octobre, une vingtaine de syndiqués de Vidéotron marchent de Montréal à Québec, pétition à la main, en pressant le premier ministre Bernard Landry d'intervenir. Celui-ci appelle aussitôt Pierre-Karl Péladeau et Henri Massé, respectivement à la tête de Québecor et de la FTQ, pour qu'ils renouent le dialogue. Une nouvelle médiation est mise en branle. Après plusieurs mois, les deux parties parviennent à une entente approuvée massivement. Vidéotron accepte d'annuler la transaction avec Entourage et de reprendre à son service les 664 techniciens qui lui avaient été cédés. En revanche, le syndicat accepte l'augmentation de la sous-traitance, l'abolition de postes sans mise à pied, un gel des salaires et une augmentation du nombre d'heures de travail. Ce bras de fer, durant lequel Québecor a recours à des travailleurs de remplacement, constitue le premier jalon d'une série de guerres d'usure qui marqueront les conflits de travail du géant des médias.

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