Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1999

Grève des infirmières affiliées à la FIIQ

À l'été de 1999, les infirmières et infirmiers de la FIIQ, dont les tâches sont alourdies depuis l'adoption de mesures gouvernementales pour atteindre le déficit zéro, débrayent. La population les appuie, mais le gouvernement assomme le mouvement avec une loi spéciale et de lourdes amendes. 

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    Les mesures prises par le gouvernement Bouchard pour atteindre le déficit zéro ont déjà poussé plusieurs infirmières vers une retraite anticipée et l'organisation du travail dans le réseau de la santé en subit les effets. Les conventions collectives dans les secteurs public et parapublic sont échues depuis 1998. La FIIQ fait cavalier seul et ne participe pas au front commun. Elle réclame une augmentation de 15% sur trois ans, un rattrapage salarial et des mesures pour réduire la précarité d’emploi. Las de voir les négociations faire du surplace, ses membres font la grève le 15 et le 17 juin 1999. Ils déterminent eux-mêmes les services essentiels devant être maintenus. Le 26 juin, ils déclenchent une grève générale illimitée, enfreignant ainsi la loi n160 qui prévoit des amendes et des sanctions sévères lors d'interruptions de service dans les établissements de santé. Deux jours de salaire sont coupés aux grévistes pour chaque journée passée sans travailler et le syndicat est privé de la formule Rand. Le 2 juillet, une loi spéciale, la loi no 72, est adoptée pour forcer le retour au travail. Elle soumet les dirigeants syndicaux à une perte de trois mois de salaire pour activités syndicales, pour chaque jour de grève. Malgré tout, les infirmières poursuivent leur débrayage et l'opinion publique se range de leur côté. Le gouvernement s'abstient de trop en donner, soucieux de ne pas entraîner une surenchère à la veille des négociations avec le front commun.

    Le 13 juillet, une trêve est décrétée et la FIIQ reprend les négociations. Le comité de négociation, le comité exécutif et le conseil fédéral de la FIIQ donnent leur aval à une entente de principe avec le gouvernement, mais les trois quarts des membres la rejettent ensuite. Acculée au pied du mur par les amendes, la direction de la FIIQ recommande à ses membres de retourner au travail et entame un processus de médiation. À la suite de ces événements, les syndiqués du front commun n'osent pas utiliser la grève comme moyen de pression.

    Les infirmières réussiront tout de même à gagner un repositionnement des échelles salariales et un montant forfaitaire. Elles obtiennent aussi une meilleure stabilité des équipes de travail, une amélioration de la gestion du fardeau de leur tâche et l'obligation pour leurs employeurs de rendre les milieux de travail exempts de violence. Par contre, 500 000 $ en amendes et 12 millions $ en pertes salariales devront être assumés par le syndicat et les syndiqués pour avoir défié la loi.

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