Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1983

Création du Fonds de solidarité FTQ

Aux prises avec une récession qui menace de mettre plusieurs travailleurs au chômage, la FTQ crée un Fonds de solidarité pour investir dans les entreprises québécoises et maintenir les emplois. Ce projet original, placé sous le signe de la concertation, reçoit le soutien du gouvernement et deviendra une histoire à succès.

  • + Description

    Au-delà des conditions de travail, Louis Laberge, président de la FTQ, cherche de plus en plus des façons de sécuriser les emplois, mis en danger par l'enlisement du Québec dans la récession. Après le succès de Corvée-Habitation, la FTQ peaufine son projet d'un fonds de relance qui serait placé sous la houlette des travailleurs syndiqués. Après avoir tâté le pouls du gouvernement Lévesque au sujet de cette idée iconoclaste, le Conseil général de la FTQ avalise, le 8 novembre 1982, ce concept dont Louis Laberge se fait un ardent défenseur.

    En février 1983, les onze membres du bureau de la FTQ approuvent le plan ébauché par Jean-Guy Frenette avec l'aide de la Société de développement des coopératives. Le 3 mars, le projet est dévoilé publiquement lors d'une réunion extraordinaire convoquée dans le contexte du conflit de travail dans le secteur public. Le Conseil général donne le feu vert, malgré les réserves de certains délégués. Le gouvernement péquiste appuie la démarche et l'Assemblée nationale adopte, le 23 juin, le projet de loi no 192 qui crée le Fonds de solidarité FTQ. Le gouvernement prête 10 millions $ pour le démarrage du Fonds et lui accorde de généreux avantages fiscaux. 

    Le Fonds est alimenté par l'épargne retenue sur les salaires des membres de la FTQ qui veulent y contribuer, mais aussi par l'épargne volontaire du grand public. Son objectif premier demeure le maintien et la création des emplois par le biais d'investissements en capital de risque dans des entreprises québécoises, pour la plupart des PME. Un de ses autres mandats consiste à donner aux travailleurs des formations en économie, afin d’améliorer leur influence sur les décisions économiques. Les actionnaires du Fonds se voient offrir un régime d'épargne-retraite, des déductions d'impôt et un rendement « raisonnable ».

    Lors du Congrès de la FTQ de décembre 1983, les délégués votent à 80 % pour cette nouvelle approche syndicale singulière. Les membres des syndicats du secteur public accueillent plus froidement l'idée, toujours amers après les décrets que le gouvernement Lévesque vient tout juste de leur asséner. Le patronat et la CSN jettent aussi un regard sceptique lors des premiers pas de ce Fonds, qui se transformera rapidement en histoire à succès.

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