Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1982-1983

Imposition par décret gouvernemental des conditions de travail des employés des secteurs public et parapublic

Un an avant l'échéance de la convention collective, le gouvernement impose les salaires des employés de l'État et leurs conditions de travail à coups de décrets. Il va jusqu'à suspendre la Charte des droits et libertés de la personne pour forcer les enseignants à retourner au travail et à accepter ses conditions. La défaite des syndicats des secteurs public et parapublic, qui étaient à l’avant-garde du mouvement syndical jusque là, marque l’entrée dans une nouvelle époque où ils sont acculés à la défensive.

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    En 1982, la récession plombe les finances publiques. Le gouvernement Lévesque demande la réouverture de la convention collective des employés de l'État et demande d'annuler l'augmentation salariale qui y est prévue pour l'année en cours. De plus, il menace de licencier 17 430 fonctionnaires. Les syndicats refusent avec fermeté. Le gouvernement revient sur ses pas et s'engage à respecter la convention collective, mais il réplique du même coup par le projet de loi no 70. Cette loi impose des diminutions de salaire allant jusqu'à 20 % pour les trois premiers mois de 1983, afin de récupérer de manière rétroactive l'argent perdu avec cette hausse. De plus, elle suspend le droit de grève dans les secteurs public et parapublic. Simultanément, le projet de loi no 68 impose des modifications aux régimes de retraite, tandis que le projet de loi no 72 contraint le maintien des services essentiels dans les établissements de santé.

    À l'automne, lors des négociations entourant la nouvelle convention collective, le gouvernement demande un gel des salaires pour l'année 1983 et certains sacrifices dans les conditions de travail et les avantages sociaux. Les esprits s'échauffent et le front commun CSN-CEQ-FTQ, qui réunit 210 000 personnes, se mobilise. Le 10 novembre 1982, une grève illégale de 24 heures est organisée. Alors que les négociations sont dans une impasse, le projet de loi no 105 est promulgué et vient fixer la rémunération et les conditions de travail des employés de l'État pour les trois prochaines années. La tâche de la plupart des employés est alourdie et leur droit de grève est révoqué.

    Le Front commun invite ses membres à déclencher une grève illégale, mais ce moyen de pression reçoit un accueil plutôt tiède. Le gouvernement cède légèrement sur quelques points litigieux, semant la division au sein du milieu syndical. Tous les salariés finissent par se résigner, sauf les enseignants qui persistent dans leurs moyens de pression. Le 17 février, le draconien projet de loi no 111 vient donner un coup de massue à ces derniers. Il ordonne leur retour au travail sous peine de congédiement discrétionnaire arbitraire, de perte d'ancienneté et de salaire ainsi que de suspension des droits syndicaux. Pour donner libre cours à cette loi, le gouvernement met en veille la Charte des droits et libertés de la personne. Tant le Barreau du Québec que la Commission des droits de la personne critiquent la sévérité de la démarche. La majorité des enseignants poursuivent la grève pendant deux jours, mais la CEQ déclare rapidement une trêve avant d'aller en conciliation.

    Le Parti québécois se met ainsi à dos les syndiqués, mais l'opinion publique se range derrière lui. Les salaires dans le secteur public commencent à se rapprocher de ceux répandus dans le secteur privé. À partir de cet épisode, les syndicats se montrent sur la défensive et se concentrent sur la protection des droits acquis plutôt que sur les revendications.

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