Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1977

Sommet de Pointe-au-Pic

Un Sommet réunit des représentants des milieux politiques, patronaux, syndicaux, communautaires et des affaires pour définir des stratégies provinciales de développement économique, mais surtout pour ouvrir la voie à une concertation entre des acteurs jusqu'alors en confrontation.

  • + Description

    À l'initiative de Bernard Landry, ministre d'État au Développement économique, le gouvernement Lévesque organise un sommet réunissant des acteurs des milieux syndicaux, patronaux, communautaires et des affaires pour bâtir des ponts entre eux et établir un nouveau contrat social. Cette rencontre de concertation prend pour exemple une démarche éprouvée dans certains pays sociaux-démocrates, tels que la Suède et la Norvège. Les centrales syndicales se montrent d'abord sceptiques, mais acceptent de participer après de vifs débats internes. La CSN et la CEQ s'y présentent avec la ferme intention d'éviter toute concertation et de n'y exprimer que leurs revendications.

    Le Sommet s'amorce le 24 mai 1977 au Manoir Richelieu, à Pointe-au-Pic (La Malbaie), dans une atmosphère où la nervosité et la tension sont palpables. Le ton acrimonieux de certains représentants syndicaux place les représentants patronaux sur la défensive. René Lévesque réussit, avec doigté, à orienter les discussions de façon à calmer les esprits. Les échanges abordent, entre autres, le développement économique de la province, les relations patronales-syndicales, les moyens de faciliter la syndicalisation, les différentes lois qu'entend proposer le gouvernement, la participation des travailleurs aux décisions de l'entreprise ainsi que la santé et la sécurité au travail. L'ambiance s'apaise. 

    Malgré tout, aucun consensus ne se dégage du Sommet. Aucun résultat direct ou tangible n'en découle non plus. Toutefois, les participants se montrent satisfaits de cet exercice et manifestent leur intention de répéter l'expérience. Au-delà des questions soulevées, cette démarche a brisé la glace, ouvert un dialogue et favorisé un rapprochement entre les différents représentants patronaux, syndicaux, communautaires et politiques. Une photographie cristallise le climat : on y voit Louis Laberge et Paul Desmarais affichant un sourire amusé aux côtés de René Lévesque. Lors de la prise du cliché, des syndiqués affiliés à la FTQ de la papeterie Wayagamack, appartenant à une filiale de Power Corporation, sont venus manifester à bord d'un autobus de la compagnie Voyageur, aussi propriété de Power Corporation. 

    En mars 1979, le Sommet de Montebello est orchestré sur le même canevas. Cette fois-ci, la CEQ boycotte l'événement. Des sommets sectoriels et de mini-sommets régionaux seront ensuite planifiés, puis le Sommet de Québec en 1982. Les sommets du gouvernement Bouchard dans les années 90 emprunteront la même formule.

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