Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1974-1975

Commission Cliche

Le saccage de la Baie-James incite le gouvernement à mettre en œuvre la Commission d'enquête sur l'exercice de la liberté syndicale dans l'industrie de la construction. Celle-ci fait la lumière sur la violence et la criminalité d'agents syndicaux sur les chantiers de construction et inspire une série de projets de loi.

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    La rude rivalité dans l'adhésion syndicale entre le Conseil des métiers de la construction, affilié à la FTQ, et la CSN-Construction dérape sur les chantiers de la Baie-James. L'agent d'affaires de la FTQ Yvon Duhamel réclame le licenciement de journaliers affiliés à la CSN et d'un contremaître non syndiqué. Le 21 mars 1974, M. Duhamel et ses fiers-à-bras saccagent le chantier du barrage LG-2, détruisant des génératrices à l'aide d'un bélier mécanique et allumant un incendie. Les dégâts sont estimés à environ 35 millions $. Cette violence choque l'opinion publique et presse le gouvernement Bourassa, six jours plus tard, de mettre en place une Commission d'enquête sur l'exercice de la liberté syndicale dans l'industrie de la construction.

    Le juge Robert Cliche est nommé commissaire principal. Il est entouré de Guy Chevrette, vice-président de la CEQ, et de Brian Mulroney, avocat en droit du travail. La Commission amorce ses travaux le 3 mai 1974 et les audiences débutent en octobre. Les enquêtes de police, les écoutes électroniques, les études et les témoignages dévoilent les méthodes musclées de certains leaders du Conseil des métiers de la construction. Violence, menace, chantage, extorsion et intimidation sont fréquents auprès de travailleurs et de chefs d'entreprises. Les preuves révèlent que plusieurs personnes à des postes clés dans les syndicats traînent des dossiers criminels. André « Dédé » Desjardins, directeur général du Conseil des métiers de la construction, apparaît comme le chef d'orchestre de ce climat de terreur, bien qu'il nie avoir eu connaissance de ces tactiques brutales. Quelques semaines avant sa comparution, André Desjardins se voit forcé de démissionner de son poste au Conseil des métiers de la construction, dont la responsabilité revient à Fernand Daoust, secrétaire général de la FTQ.

    Les audiences éclaboussent aussi le milieu politique, alors qu'il est démontré qu’André Desjardins avait négocié avec Paul Desrochers, conseiller spécial de Robert Bourassa, que la FTQ obtienne le monopole de la main-d’œuvre sur les chantiers de la Baie-James durant 10 ans. Jean Cournoyer, ministre du Travail, avait refusé l'entente, puisque cela allait à l'encontre du projet de loi no 290.

    Le 2 mai 1975, les recommandations de la Commission Cliche sont déposées. Louis Laberge, président de la FTQ, est blâmé pour négligence. Les syndicats, même la CSN, rejettent vertement les recommandations, craignant qu'elles mènent à une mainmise de l'État sur l'activité syndicale. 

    Dès le 9 mai, le gouvernement dépose une série de projets de loi inspirés des recommandations de la Commission. L'un des plus importants est le projet de loi no 29 qui met en tutelle quatre syndicats identifiés comme étant noyautés par des criminels. Les syndicats visés démarrent aussitôt un débrayage. La FTQ fait pression pour que la tutelle soit reportée, mais le gouvernement persiste et signe.

    Le projet de loi no 30, quant à lui, interdit à une personne avec un dossier criminel de devenir agent syndical. Cette loi renverse aussi le fardeau de la preuve : la présomption de culpabilité est désormais en vigueur dans le cas d'une poursuite liée à une grève illégale. Le projet de loi no 47, finalement, remplace la Commission de l'industrie de la construction du Québec par l'Office de la construction du Québec. Avec plus d'indépendance, cet office surveillera le placement de la main-d’œuvre et les votes d'adhésion syndicale. Un vote secret est exigé lors des scrutins les plus importants. Le projet de loi no 47 donne aussi à une seule association patronale le droit de signer une convention collective. Elle crée ainsi l'Association des entrepreneurs en construction du Québec (AECQ).

     

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