Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1974-1975

Grève à la United Aircraft

La grève à l'usine United Aircraft de Longueuil constitue l'un des conflits de travail les plus violents de l'histoire du Québec. Après 20 mois, les derniers grévistes rentrent au travail sans gains significatifs, mais ces événements pousseront le Parti québécois, une fois au pouvoir, à rendre obligatoire la formule Rand et à adopter une loi anti-briseurs de grève.

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    En 1973, la compagnie United Aircraft dépose une offre finale insatisfaisante aux yeux des syndiqués de l'usine de Longueuil, affiliés aux Travailleurs unis de l'automobile (TUA). Les négociations achoppent principalement sur la mise en place de la formule Rand. Même si la majorité des grandes entreprises installées au Québec l'ont adoptée, la United Aircraft demeure intransigeante et balaie cette revendication du revers de la main. Le 9 janvier 1974, la grève est déclenchée après un court lock-out. Les employés qui ne sont pas membres du syndicat continuent à travailler. Quelques mois plus tard, la compagnie embauche des briseurs de grève. Ces derniers sont la cible de plusieurs actes violents sur les piquets de grève et leurs voitures sont parfois renversées. Certains grévistes, quant à eux, sont harcelés chez eux par les cadres. La United Aircraft va jusqu'à menacer de fermer toutes ses usines du Québec, déterminée, depuis son siège social de Hartford, à casser le syndicat.

    Les TUA versent une allocation de 30 $ à 40 $ par semaine aux grévistes. Un grand spectacle, l'Automne show, est organisé par des artistes en soutien aux grévistes. René Lévesque, chef du Parti québécois, promet que, s'il est élu, il rendra la formule Rand obligatoire à l'intérieur du Code du travail et qu'il prohibera le recours à des briseurs de grève.

    Après une dizaine de mois, plusieurs grévistes retournent au travail. En mai 1975, la United Aircraft annonce qu'elle ne réembauchera que 250 grévistes, ce qui signifie la mise à pied de près de 500 travailleurs. Le 12 mai, lors d'une grande manifestation organisée par la FTQ, 32 grévistes s'infiltrent dans l'usine et occupent les lieux pour forcer la négociation. La direction fait appel à l'escouade de la Sûreté du Québec qui matraque et rudoie sauvagement les occupants avant de les arrêter. Le 20 mai, un médiateur remet un rapport accepté par la compagnie. Les syndiqués obtiennent un montant forfaitaire comme indexation et tous les employés qui le désirent sont réintégrés au travail. Le protocole de retour au travail s'avère complexe et la grève prend véritablement fin le 18 août 1975, après 20 mois. Quelques mois plus tard, un gouvernement péquiste est élu et René Lévesque remplit ses promesses inspirées par la sévérité de la grève à la United Aircarft.

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