Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1971-1972

Conflit de travail à La Presse

La Presse met en lock-out ses 350 employés de la salle de composition. Les changements technologiques sont au centre de la discorde. Tous les syndicats du journal font front commun et les deux centrales impliquées, la FTQ et la CSN, coopèrent dans cette lutte.

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    Sept ans après la grève de 1964, les changements technologiques provoquent à nouveau un dur conflit de travail au journal La Presse. Le quotidien est dorénavant la propriété de Paul Desmarais, déterminé à améliorer la rentabilité en misant sur une modernisation des installations. Puisque certains métiers sont ainsi voués à disparaître, ce virage entraînerait des congédiements que les quatre syndicats impliqués, affiliés à la FTQ, refusent. Le 19 juillet 1971, après plusieurs mois de négociation, l'entreprise met les 350 travailleurs de la salle de composition, dont les typographes, les pressiers et les photograveurs, en lock-out. La Presse continue d'être publiée une fois par jour plutôt que trois. 

    Ce conflit de travail se déroule dans un contexte sociopolitique délétère. Le mouvement syndical se montre irrité, peu de temps après la crise d'Octobre de 1970 dont il a été victime. Le 27 octobre, la direction du journal décrète un lock-out général et le quotidien cesse d'être imprimé. Les onze syndicats du journal forment un front commun et décident qu'ils ne retourneront au travail que lorsque les onze conventions collectives feront l'objet d'une entente. La CSN et la FTQ s'unissent pour mener ce combat. Le 29 octobre, les deux centrales organisent une marche attirant plus de 12 000 personnes, quelques heures après l'adoption d'un règlement municipal interdisant les manifestations dans le quartier de La Presse. Plus de mille policiers les affrontent violemment. 200 personnes sont arrêtées et 300 autres sont blessées, tandis qu'une manifestante meurt d'une crise d'asthme. Le 2 novembre, 20 000 personnes remplissent le Forum pour une assemblée intersyndicale. Une entente est finalement conclue le 7 février 1972. En plus des augmentations de salaire, les pressiers gagnent la protection de leurs emplois. Il s'agit de l'un des rares conflits de travail, dont l'enjeu est relié aux changements technologiques, à ne pas se terminer par une défaite syndicale. L'alliance inédite entre la FTQ et la CSN sert de répétition générale pour le Front commun intersyndical dans les négociations des secteurs public et parapublic qui bouleversera le Québec entier en 1972.  

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