Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1963

Grève des infirmières à l'hôpital Sainte-Justine

Alors que l'assurance-hospitalisation alourdit la tâche des infirmières, une grève illégale à l'hôpital Sainte-Justine force l'intervention secrète du gouvernement. Cet épisode vivifie le syndicalisme dans les établissements de santé et ouvre la voie à la reconnaissance du droit de grève.

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    La Loi sur l'assurance-hospitalisation, entrée en vigueur en 1961, a bouleversé l'organisation du travail dans les établissements de santé. En 1963, les infirmières de l'hôpital Sainte-Justine sont débordées et s'épuisent à la tâche. L'administration refuse de limiter le nombre d'admissions ou de fermer des lits, malgré la pénurie de personnel, quitte à ce que les patients soient moins bien soignés. Elle fait la sourde oreille aux doléances des syndiquées, leur suggérant ainsi d'aller en arbitrage.

    Le 16 octobre, les quelque 250 infirmières entament un débrayage illégal, puisque la Loi des relations ouvrières ne permet pas la grève aux employés du secteur de la santé. Malgré l'entorse à la Loi, la Commission des relations ouvrières ne révoque pas leur accréditation et ne donne aucune amende. L'administration se ferme à toute négociation avant un retour au travail. Tous les jours, les grévistes, refusant de brandir des pancartes, marchent devant l'hôpital. Certaines d'entre elles continuent d’offrir leur expertise en effectuant du bénévolat pour des organismes de charité. Le soir du 24 octobre, une marche aux flambeaux réunissant les grévistes et les personnes qui les appuient encercle l'hôpital. Au fur et à mesure que la grève évolue, des revendications s'ajoutent, dont une réclamant le retour de la formule Rand.

    Justine Beaubien-Lacoste, fondatrice de l'hôpital Sainte-Justine et présidente du conseil d'administration, intervient directement auprès de Jean Marchand, président de la CSN, pour qu'il dénoue l'impasse. Le 14 novembre, une séance de négociation secrète est organisée avec la CSN, l'administration et des sous-ministres. Pour une première fois, le gouvernement s'implique directement dans un conflit de travail hospitalier, mais il ne veut surtout pas que cette démarche soit rendue publique, puisque l'État ne négocie pas officiellement avec ses salariés. Les parties en viennent à une entente et les infirmières gagnent plusieurs de leurs points. Un comité paritaire est institué pour se pencher sur le fardeau de la tâche et établir un dialogue permanent entre l'administration et les infirmières. Le ministre du Travail accepte désormais de payer les honoraires du président lors d'un conseil d'arbitrage. Le 16 novembre, les infirmières reprennent du service sans dévoiler cette négociation, laissant croire que le gouvernement les contraint à retourner au travail. Cet épisode stimule le syndicalisme dans les milieux hospitaliers, débouche sur des précédents en ce qui concerne les comités paritaires et l'affichage de postes, puis pose un nouveau jalon vers l'obtention prochaine du droit de grève dans la fonction publique.

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