Les relations du travail au Québec
Des témoins tracent la ligne du temps

1958-1959

Grève des réalisateurs de Radio-Canada

En décembre 1958, les réalisateurs de Radio-Canada entament une grève. À son issue, ils deviennent les premiers cadres à obtenir le droit d'association. L'indifférence des dirigeants et de leurs collègues anglophones, durant un conflit plus long que prévu, renforce le nationalisme québécois.

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    Pour la première fois au Québec, des cadres tentent d'obtenir le droit de se syndiquer. Le 5 décembre 1958, l'association des réalisateurs de Radio-Canada s'affilie à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC). La direction balaie cette demande du revers de la main et les 74 réalisateurs sortent battre le pavé, le 23 décembre, dans un débrayage hivernal qu'ils envisagent de courte durée.

    René Lévesque, alors animateur de l'émission Point de mire, devient la figure de proue du mouvement gréviste. 200 employés, dont des artistes tels que Jean-Louis Roux et Jean Duceppe, refusent de traverser les piquets de grève et manifestent leur solidarité. Cet appui des vedettes du petit écran donne à ce conflit une saveur plus spectaculaire aux yeux de la population. Par contre, les réalisateurs francophones sont confrontés à l'insensibilité de leurs collègues anglophones de la CBC. De plus, le siège social de CBC-Radio-Canada ne dépêche que des négociateurs unilingues anglophones pour dénouer l’impasse des pourparlers. Le gouvernement fédéral, dirigé par le conservateur John Diefenbaker, refuse de s'ingérer dans le conflit tout en y demeurant indifférent. Le 19 janvier, une manifestation en appui aux réalisateurs attire plus de 1 000 personnes à Ottawa. Rien n'y fait. René Lévesque s'indigne devant l'incompréhension du ministre fédéral du travail, persuadé que la réaction serait différente si la grève était l’initiative des employés de Toronto.

    Le 2 mars, René Lévesque et Jean Marchand, alors secrétaire général de la CTCC, sont arrêtés dans une manifestation montréalaise qui vire à l'affrontement. Après une soixantaine de jours de grève, le 7 mars 1959, une entente est signée et les réalisateurs obtiennent le droit de se syndiquer. Cette avancée ouvre la porte à la syndicalisation des fonctionnaires et des cadres, mais marquera plus largement les esprits pour avoir mis en relief les deux solitudes au pays, ce qui nourrira le nationalisme québécois.

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